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: Le diagnostic préimplantatoire

Vanessa SAAB-MARTINELLI
DU Droit de la science médicale et DEA d'Ethique médicale et biologique (Paris 5)
Frédérique DREIFUSS-NETTER
Professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université Paris 5 


Le diagnostic préimplantatoire (DPI)

Etude
(mise à jour le : 25/01/05)


Les premières applications du DPI sur l'embryon humain n'ont pas eu lieu en France. C'est la Grande-Bretagne qui a ouvert la voie en autorisant le DPI en 1990 : la première naissance après DPI chez un couple à risque de transmission de la mucoviscidose a été obtenue en 1992. En France, le DPI a été autorisé par les lois de bioéthiques du 29 juillet 1994. Ce n'est qu'en novembre 2000 que Valentin, premier bébé français issu d'un DPI, a vu le jour.

I - Le DPI, un acte technique majoritairement autorisé en Europe

A- Le DPI, une technique de sélection embryonnaire
Le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) permet de procéder au transfert sélectif d'embryons dépourvus d'une anomalie génétique donnée. Cette technique permet d'éviter le recours au diagnostic prénatal et à l'avortement thérapeutique qu'il peut induire.
Techniquement, le DPI nécessite l'utilisation d'une méthode de procréation médicalement assistée, la fécondation in vitro, en vue de l'obtention d'un embryon humain. Cet embryon doit être ex utero pour être accessible au diagnostic. Le diagnostic biologique est pratiqué à partir de cellules prélevées sur l'embryon in vitro par une biopsie embryonnaire généralement réalisée sur des embryons humains de 3 jours. Enfin, le diagnostic de l'anomalie génétique est réalisé par des techniques de biologie moléculaire. Ne seront transférés in utero que les embryons dépourvus de l'anomalie recherchée.

B- La législation européenne majoritairement favorable au DPI
L'Allemagne, qui considère l'embryon comme une personne, a interdit ce diagnostic dans sa loi 13 décembre 1990. La très grande majorité des autres pays de l'union européenne autorisent la technique du DPI. Ils sont sur ce point en harmonie avec les textes européens.

L'article 18 de la convention d'Oviedo interdit la création d'embryons aux fins de recherche mais pas le DPI. Concernant la recherche sur les embryons conçus, il est renvoyé aux législations nationales : "lorsque la recherche ... est admise par la loi, celle-ci assure une protection adéquate de l'embryon".
La recommandation 1100 du Conseil de l'Europe "sur l'utilisation des embryons et des foetus humains dans la recherche scientifique" énonce, dans son art 9,B,IV,c, que pourraient être autorisées et même encouragées des recherches visant des fins de diagnostic, notamment prénatal. L'annexe B de la Recommandation 1100 précise à propos des "embryons préimplantatoires" que les recherches in vitro sur les embryons viables ne doivent être autorisées que "s'il s'agit de recherches appliquées de caractère diagnostique ou effectué à des fins préventives ou thérapeutiques" et "si elles n'interviennent pas sur leur patrimoine génétique non pathologique".

C'est la loi n° 94-654 du 29 juillet 1994 qui précise en France les conditions dans lesquelles ce diagnostic est possible. Elle a été modifiée par la loi du 6 août 2004.

II - Le DPI autorisé en France par la loi du 29 juillet 1994

La loi définit le régime juridique du "diagnostic biologique". Le terme préimplantatoire n'est pas employé. C'est l'article L.2131-4 du code de la santé publique qui précise que "Le diagnostic biologique effectué à partir de cellules prélevées sur l'embryon in vitro n'est autorisé qu'à titre exceptionnel" et dans le respect de certaines conditions.
Le décret n° 98-216 du 24 mars 1998 (JO du 27/03/98 p 4624) et l'arrêté ministériel du 16 juin 1998 (JO du 25/06/98 p 9626) pris pour son application précisent les conditions de réalisation du DPI et les obligations auxquelles s'engagent réciproquement le corps médical comme les géniteurs.

A - Les conditions imposées au couple demandeur du DPI 
Pour bénéficier d'un DPI, le couple doit avoir  "une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic". A cet égard, devront être "préalablement et précisément identifiée, chez l'un des parents ..., l'anomalie ou les anomalies responsables d'une telle maladie". Les deux parents doivent avoir consenti par écrit à la réalisation du diagnostic (article L. 2131-4 CSP).
Enfin, le couple doit répondre aux mêmes exigences que tous les autres couples tentant une FIV : "L'homme et la femme formant le couple doivent être vivants en âge de procréer, mariés ou en mesure d'apporter la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans et consentant préalablement au transfert des embryons" selon l'article L 2141-2 du code de la santé publique.

B - Les conditions imposées aux praticiens et aux établissements réalisant le DPI

Préalablement à la mise en oeuvre d'un DPI, une attestation de l'indication de recourir au diagnostic biologique est délivrée par le généticien du centre de diagnostic prénatal après  concertation de l'équipe pluridisciplinaire ; le couple est informé que seule l'anomalie génétique parentale susceptible d'être transmise est recherchée sur l'embryon (art. R. 2131-23 CSP). "Le diagnostic ne peut avoir d'autre objet que de rechercher cette affection ainsi que les moyens de la prévenir et de la traiter." (art L. 2131-4 CSP). Le praticien chargé de l'analyse génétique informe le couple des différentes phases du diagnostic génétique et du degré de fiabilité des analyses (art. R. 2131-24 CSP) ; avant de procéder au prélèvement cellulaire sur l'embryon, il devra se faire communiquer le consentement écrit du couple et l'attestation d'indication du diagnostic (art. R. 2131-25 CSP).
Le DPI nécessite deux interventions à caractère biologique : un prélèvement de cellules sur l'embryon et l'analyse génétique de ces cellules. L'établissement doit donc être autorisé pour chacune de ces activités, après avis de la Commission nationale de médecine et de biologie de la reproduction et du diagnostic prénatal 'CNMBRDP' (art R. 2131-27 CSP). L'établissement est tenu de rédiger chaque année un rapport d'activité (art. R. 2131-32 CSP).
Pour être responsable d'une activité de DPI et désigné comme tel, le praticien doit satisfaire aux conditions de l'article R. 2131-30 du code de la santé publique.
 

III - L'élargissement du DPI par la loi du 6 août 2004

Deux extensions du DPI ont été votées par le législateur : tout d'abord en vertu du nouvel article L. 2131-4 CSP, le diagnostic peut également être effectué lorsque une anomalie responsable d'une maladie a été préalablement identifiée non seulement chez l'un des parents mais chez "l'un de ses ascendants immédiats dans le cas d'une maladie gravement invalidante, à révélation tardive et mettant prématurément en jeu le pronostic vital." Cette disposition devrait permettre à des parents issus d'une famille atteinte de la Chorée de Huntington de donner naissance à un enfant indemne sans obtenir d'information sur leur propre statut.
La deuxième extension concerne "le bébé médicament". En effet, à titre expérimental l'article L. 2131-4-1 CSP autorise le DPI  lorsque : "
- le couple a donné naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique entraînant la mort dès les premières années de la vie et reconnue comme incurable au moment du diagnostic ;
- le pronostic vital de cet enfant peut être amélioré de façon décisive, par l'application sur celui-ci d'une thérapeutique ne portant pas atteinte à l'intégrité du corps de l'enfant né du transfert de l'embryon in utero, conformément à l'article 16-3 du code civil ;
- le diagnostic .... a pour seuls objets de rechercher la maladie génétique ainsi que les moyens de la prévenir et de la traiter, d'une part, et de permettre l'application de la thérapeutique mentionnée au 3e alinéa, d'autre part."

En vertu de cette nouvelle disposition, les parents d'un enfant atteint de certaines formes d'anémie pourront sélectionner un embryon, non seulement indemne de la même maladie mais donneur compatible pour l'enfant malade. Un prélèvement de cellules souches pourra avoir lieu mais seulement à partir du sang du cordon du nouveau-né La mise en oeuvre du processus nécessitera l'autorisation de la nouvelle Agence de la biomédecine.

Les autres modifications de la loi sont d'une part, suite à la disparition de la CNMBRDP, le transfert des autorisations et agréments à l'Agence de la biomédecine et d'autre part, la faculté avec le consentement des deux membres du couple, de pratiquer des recherches sur les embryons in vitro non retransférés à l'issue du DPI.

Bibliographie.


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